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ctoutpourvous

Une autre histoire d'élévation...mais pour la gloire!

3 Janvier 2010, 12:06pm

Publié par marigotine FWI



                                      Les Kennedy, élevés pour la gloire
            
            Des hommes, des femmes, une famille, un "CLAN"
                                     Une histoire hors du commun...

Comment Joseph et Rose Kennedy ont éduqué leurs neuf enfants. Entre rivalité et cohésion, la fratrie fut vouée à l'ambition.

Le 25 août dernier, Edward Moore Kennedy succombait à une tumeur cancéreuse au cerveau à l'âge de 77 ans. Ainsi disparaissait le dernier porte-flambeau politique d'une famille catholique dont trois fils - John, Robert et Edward - avaient brigué la Maison-Blanche. JFK y était parvenu en 1960, elle tendait les bras à Bob quand il a été assassiné en 1968 et Ted avait échoué aux primaires de 1980. Vingt jours après sa mort, paraissait aux Etats-Unis «True Compass», ses passionnants Mémoires. Sur 532 pages, le vieux sénateur, qui occupa son siège sans discontinuer pendant quarante-six ans, raconte l'éducation exceptionnelle qu'il a reçue de ses parents, Joseph et Rose, la solidarité à toute épreuve entre les neufs frères et sœurs, les tragédies familiales, les campagnes électorales, sans occulter ses propres zones d'ombre, notamment l'alcoolisme et le scandale de Chappaquiddick, qui le poursuivit durant toute sa carrière.



Plus qu'un clan ou une tribu, c'est une maisonnée, voire, tout simplement, une maison. Le nom des Kennedy est indéfectiblement lié à celui de Hyannis Port sur Cape Cod, à 130 kilomètres au sud de Boston, où se dresse, sur deux hectares et demi léchés par l'océan, la propriété familiale acquise par le patriarche Joseph Sr. pour abriter ses nombreux enfants. Pour Ted, comme pour le reste de la famille, ce lieu n'a cessé d'être un point fixe, une sorte de Nord magnétique où il est constamment revenu. Il décrit ce qu'il appelle la «philosophie de la maison de Cape Cod». «La maison de Marchant Avenue était le refuge des Kennedy, écrit-il. Mon père disait : "Nous n'avons rien à redouter dans cette maison." Nous comprenions ce que cela signifiait. Nous savions que nous pourrions toujours rentrer chez nous, que nous pouvions faire des erreurs, essuyer des défaites, mais que nous serions toujours respectés et estimés à la maison.»

 

Joe et Rose éduquent leurs enfants dans un double souci de rivalité et de solidarité. Autour de la table familiale, chacun est censé avoir préparé les sujets de conversation du jour sélectionnés par la mère (qui confectionnait pour ses enfants des panneaux où elle épinglait des articles de journaux). Ce sera à celui qui brillera le plus devant le pater familias. Mais les chamailleries et les disputes sont rigoureusement interdites : personne n'a le droit de diviser le clan. «Nous montrions une loyauté réciproque malgré notre esprit de compétition qui, en dépit de sa vigueur, tenait plus de la joie que du désir de dominer, raconte Ted Kennedy. De Joseph et Rose Kennedy nous avons hérité les valeurs qui coulaient dans nos veines. Elles nous ont permis de tisser des liens entre nous, de fonder nos personnalités sur ces liens à un point que les chroniqueurs de la famille ont toujours sous-estimé.»

La rivalité tenait de l'obsession familiale. «Nous nous lancions des défis en toute occasion : au football américain sans placage, à la voile, à l'escalade, en faisant des ricochets sur la mer, se souvient Ted Kennedy. Tout servait de prétexte: avoir de l'esprit, de la culture ou savoir débattre. Au dîner, il s'agissait de capter l'attention, ce qui exigeait du travail : participer aux conversations nécessitait de maîtriser son sujet.» Le vieux sénateur du Massachusetts assure que cette discipline intellectuelle acquise dès l'enfance a servi de base à son travail politique ultérieur. «Jamais je ne défendrai une cause ou un projet de loi sans les avoir suffisamment compris de façon à répondre aux critères établis par mon père pour nos échanges de table», affirme-t-il.

Rose stimulait l'ambition des enfants

Joseph Kennedy Sr. ne supportait pas les conflits entre ses enfants. «Notre père nous avait élevés pour que nous nous entraidions, pas pour que nous nous disputions», écrit Ted Kennedy, qui dévoile le stratagème paternel. Pour mettre fin aux querelles, il servait de paratonnerre et détournait la colère de ses enfants vers lui. «Mère ne comprenait pas toujours son truc, se souvient-il, et elle s'inquiétait quand l'un de nous se disputait avec Papa. "S'ils ne se disputent pas entre eux, lui expliquait-il, à condition qu'ils le fassent avec d'autres, mais pas avec leurs frères et sœurs, je peux m'en contenter. Qu'ils puissent ne pas être d'accord et qu'ils s'affrontent m'est insupportable."»

Si Joseph jouait le juge de paix, le patriarche, Rose, elle, tenait le rôle du professeur attentif, de l'aiguillon toujours là pour stimuler l'ambition de ses enfants. Selon Ted Kennedy, son père était capable de dire à un de ses enfants qu'il n'était pas obligatoire de viser les sommets. «Mais si c'est le cas, sache que j'aurai moins de temps pour toi», l'avait-il averti un jour. Sa mère, en revanche, inculquait l'excellence à chacun. Il la compare au joueur de flûte de Hamelin, un «guide dans le monde du savoir». Elle leur organisait des sorties dans les musées de Boston, improvisait des problèmes de calcul, martelait les leçons de grammaire et veillait au langage de sa progéniture. «Une fois, raconte-t-il, ma mère m'a écrit : "J'ai constaté qu'on te cite parmi ceux qui utilisent le mot "cul" dans différentes expressions. Je pense que tu ne devrais pas employer ce vocable. Tu te rends compte, j'en suis persuadée, qu'il est tout à fait déplacé dans un texte imprimé." J'avais 40 ans et j'étais sénateur lorsqu'elle m'a envoyé ce billet. Il est encore accroché au mur de mon bureau.»

Cette famille si particulière vivait dans une osmose quasi parfaite. Les aînés s'occupaient des cadets au point d'être désignés comme parrains lors des baptêmes. JFK était devenu celui de Ted à sa propre demande. Ce dernier, neuvième et dernier enfant de la fratrie, était donc l'objet de la sollicitude de ses huit frères et sœurs, et tout particulièrement de celui qui allait être élu président.

Ted admire son frère John, héros de guerre

«J'ai toujours eu du respect pour mes frères aînés, écrit Ted Kennedy. Presque un "culte du héros". Très tôt, j'ai désiré un bateau pour pouvoir naviguer comme eux. Ils ont été mes premiers moniteurs. J'ai navigué la première fois en solo sous leurs regards attentifs.»

En 1941, quand Franklin D. Roosevelt lance l'Amérique dans la guerre, ses frères Joe et « Jack » (surnom de JFK) s'engagent - le premier dans l'armée de l'air, le second dans la marine - alors que leur père, Joe Sr., ancien ambassadeur à Londres, s'était vigoureu sement opposé à la participation des Etats-Unis dans ce conflit mondial. Ted est béat d'admiration pour eux.

Joe y perdra la vie dans une mission périlleuse au-dessus de la Manche en août 1944. JFK, lui, en reviendra couvert de gloire après avoir été présumé mort dans les combats du Pacifique. Dans True Compass, Ted Kennedy dresse un portrait de lui débordant d'éloges et d'amour fraternel. «Il avait indéniablement des traits de caractère que certains trouvaient énigmatiques. C'était, de nous tous, le plus grand lecteur, et les idées qu'il puisait dans les livres devenaient des sujets de méditation. (...) Plus qu'un aîné respecté, il était mon parrain, rôle qu'il avait demandé à ma mère dans une lettre écrite à Choate en1932, peu avant ma naissance. (...) Près de quinze ans nous séparaient ; l'enfant que j'étais considérait Jack comme une grande personne et, en réalité, cette perception n'a jamais changé. (...) Jack a revendiqué son ascendant sur moi. Il a été mon mentor, mon protecteur, mon conseiller avisé et mon ami fidèle.»

Ted Kennedy raconte combien il était heureux de le revoir lors d'une permission. «Bronzé, amaigri, arborant un grand sourire, il est arrivé dans la maison de Palm Beach avec son copain Paul "Red" FayJr. Quand, le premier matin, je me suis aventuré dans sa chambre pour le réveiller, il m'a serré dans ses bras, puis il a sorti de son sac marin quelques souvenirs de guerre qu'il m'a donnés : des épées et des massues des indigènes du Pacifique Sud.» En contravention avec toutes les règles de l'US Navy, le futur Président fit même embarquer son frère cadet sur un patrouilleur.«C'était incroyable. J'avais à peine 12 ans et mon frère, ce héros, allait me faire monter à bord d'un bateau. Ce que j'ignorais, c'est que les civils, et notamment les très jeunes, n'étaient pas censés monter sur un navire de guerre et encore moins faire une promenade. Mais mon frère savait combien ceci compterait pour moi. (...) Ce jour-là, nous avons rôdé dans les eaux territoriales pendant deux heures, et j'ai gardé précieusement ce souvenir toute ma vie.»

Etre un Kennedy était donc avant tout affaire de solidarité familiale. Mais, selon le témoignage de Ted, cela exigeait aussi une bonne dose de stoïcisme et de discrétion. Dans la maison de Hyannis Port, on apprenait à ne jamais geindre. «C'était l'une des règles auxquelles Papa tenait et que nous-mêmes avions adoptée.» De même Joe Sr. interdisait que l'on fasse étalage de la fortune familiale. «Je n'ai pas eu le droit d'avoir une bicyclette tant que mes copains n'ont pas eu la leur, écrit le dernier des fils. Plus tard, je n'ai eu une voiture que lorsque la plupart de mes amis ont eu la leur. La même règle s'était appliquée à mes frères et sœurs. Sur le moment, nous en avions été un peu chagrinés. Des années plus tard, nous en avons compris toute l'importance. Le principe voulait que l'on se distingue par la réussite et non par l'ostentation.»



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