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ctoutpourvous

Pas de décalage horaire pour Haïti...

21 Janvier 2010, 12:30pm

Publié par marigotine FWI



                 Port-au Prince passe à l'heure américaine
              Des marines américains, arrivés à Léogane.
Des marines américains, arrivés à Léogane. Crédits photo : AFP

L'installation progressive des GI provoque soulagement et inquiétude.

Un cordon de sécurité a pris place devant l'hôpital général universitaire d'Haïti. Une dizaine de parachutistes de la 82e division aéroportée sont déployés, lunettes noires sur le nez. «Nous sommes là pour filtrer les entrées et éviter le désordre», explique le sergent Montreux. Il n'en dira pas plus.

Devant l'hôpital, le plus grand de Port au Prince, qui soigne à la chaîne des centaines de blessés graves, la foule se masse à distance respectueuse pour voir ces soldats tant de fois annoncés et jusqu'alors quasiment invisibles. Dans les rues, de gros camions verts chargés de GI, arme au poing, et quelques Humvees passent lentement. Les cortèges, encore rares, font naître des sourires sur le visage des sinistrés haïtiens, visiblement heureux de voir que des services de sécurité s'installent. «C'est très bien. Ils vont empêcher les bandits de saccager plus encore la ville. Ils doivent venir plus vite», insiste, dans un mauvais français, Charles Jackson, un petit marchand. Mais les Etats unis semblent décidés à agir en douceur pour se substituer à l'armée haïtienne, un corps habitué aux coups d'État et dissous en 1995. Les gros hélicoptères qui, depuis mardi, survolent bas la capitale sont le signe le plus évident du débarquement de l'US Army. Mercredi, la noria d'appareils gris sombre a repris dès l'aube. Une façon d'alerter les bandes de désœuvrés qui errent dans le centre-ville armés de barres de fer et de bâtons, de leur imminent déploiement en ville.

 

Étrange silence du président

 

Devant les grilles du palais présidentiel, encore un peu plus en ruine après la forte réplique de mercredi (de magnitude 6,1), un sinistré agite depuis des heures un petit drapeau américain, dans l'espoir de s'attirer les bonnes grâces des nouveaux maîtres du pays. Les élites se montrent nettement moins enthousiastes. Comme de nombreuses ONG. «On est sous occupation. Il faut être clair, affirme Pierre ­Espérance, le directeur de Surveillance Haïti, une organisation de défense des droits de l'homme. C'est vrai que l'État est incapable de faire face. Mais c'était à l'ONU de prendre la tête des opérations, pas à un pays étranger.» L'installation américaine ne devrait pourtant pas, selon lui, soulever de grandes difficultés. «Il n'y a pas vraiment de choix et ici personne, et surtout pas les gangs de voyous, n'est en mesure de s'opposer à l'armée américaine.» Membre de Médecins sans frontières, François Servranckx rappelle : «Nous sommes hostiles par principe à la présence de soldats lors des opérations humanitaires.»

L'International Medical Corps (IMCm) a vu avec plaisir les GI prendre le contrôle de l'hôpital universitaire de Port-au-Prince où l'association américaine opère. «Ces derniers jours, la situation dans le centre devenait difficile. Il y a toutes sortes de gens qui traînaient partout. On peut travailler de manière plus efficace», résume Jeff Kenyon, l'un des médecins d'IMC.

Le président René Préval a profité de l'occasion pour sortir de l'étrange silence dans lequel il se murait depuis le séisme. Et marquer sa volonté de faire taire toute polémique. «Que ce soit en Italie, au Mexique ou en Turquie, les sinistrés ont toujours reçu des secours internationaux. Nous accueillons l'aide d'où qu'elle vienne : du Venezuela, de Cuba ou des États-Unis.»

René Préval assure être le seul responsable de l'arrivée massive des troupes américaines. «Mme Clinton, la secrétaire d'État, est venue cette semaine à Haïti et m'a demandé si j'étais d'accord pour que les militaires américains interviennent. Je lui ai dit oui. C'est dans ce cadre-là, et dans ce cadre-là seulement, que cela s'est fait.» Cette intervention du grand voisin américain n'est qu'un geste humanitaire, poursuit-il. «Les soldats sont des ingénieurs, des hommes du génie et des médecins ainsi que des hommes de troupe qui doivent assurer la protection des transports», insiste-t-il. En vieux routier de la politique haïtienne, René Préval, qui était déjà à la tête du pays entre 1996 et 2000, sait qu'il doit être prudent. Ses relations avec Washington sont ambiguës, notamment depuis le limogeage en novembre dernier du premier ministre Michèle Pierre-Louis, proche de Hillary Clinton et du financier George Soros. Il sait aussi qu'Haïti est versatile. Les foules enthousiastes ne demandent qu'à se retourner.

Les deux siècles d'histoire américano-haïtienne ne sont qu'une longue illustration de cette curieuse relation. En 1994, 20.000 marines avaient débarqué pour remettre au pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide. Entre 1915 et 1934, les États-Unis avaient fait de l'île un protectorat. «Il n'est pas question de tutelle», martèle, aujourd'hui, René Préval.

 

De dangereuses espérances

 

Comme bien des déshérités, Gidion veut croire, lui, que Barack Obama vient prendre le pouvoir. Plombier au chô­mage et désormais sans abri, il se méfie des politiciens haïtiens. Gidion ignore tout des études qui démontrent que, ces dernières années, à peine 5% de l'aide destinée aux plus pauvres atteignent effectivement leur but. Mais il connaît les résultats. «Les autorités d'Haïti ne nous donnent rien. Elles mettent tout dans leurs poches pour se payer des villas et des voitures. Les deux cents ans d'indépendance ne nous ont apporté que des malheurs. On a besoin que des étrangers, à la bonne ­morale, commandent. Ils peuvent venir d'Amérique, de France ou même d'Angleterre, ce n'est pas grave.» Derrière lui, Josiane Ilsidore, une vieille femme, approuve. Elle est même prête à soutenir la famille Duvalier. «Avec“Papa”au moins, il y avait du travail et à manger.»

Les troupes américaines connaissent bien les dangereuses espérances qu'elles suscitent. À l'aéroport, placée sous leur contrôle aux premières heures de la catastrophe, une foule s'est massée immédiatement dans l'espoir de décrocher un emploi. Renvoyés, les chômeurs traînent leur amertume devant l'aérogare. «Ni les Américains ni Préval ne servent», grogne Fritz Saint-Luc.

Dans cette colère latente, René Préval ne voit que la conséquence du manque de coordination de l'aide humanitaire. «C'est là qu'est le plus gros problème, et je m'en occupe avec l'ONU», affirme le chef d'État haïtien. Une façon de dire qu'il est toujours aux commandes. «Le président de ce pays, si je me rappelle bien, s'appelle René Préval», martèle-t-il. Une précision qui n'est peut-être pas inutile quand, en Haïti, nombreux sont ceux qui se demandent qui, de Port-au-Prince ou de Washington, tient les rênes du pouvoir.
                               Des étoiles sur le drapeau mais surement pas dans les yeux des Haïtiens
                                                                                                                        Marigotine                          
 

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