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ctoutpourvous

La "ronde" attitude, enfin....

15 Janvier 2010, 13:58pm

Publié par marigotine FWI


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Après des années de vaches maigres pour les défenseurs d’une mode à l’image des « vraies » femmes, il y a du changement dans l’air. Aujourd’hui, le très pointu
V Magazine sort un numéro consacré aux filles pulpeuses, « The Size Issue ». En 2010, la peau sur les os devra-t-elle aller se couvrir ?

 

Tout a commencé avec un petit ventre. En septembre dernier, le magazine américain Glamour publie les photos de Lizzie Miller nue. Mannequin débutant, cette Californienne de 20 ans –
98-79-108 – y dévoile dans un grand éclat de rire ses bourrelets abdominaux. Un hymne à la santé et à la joie de vivre qui a réchauffé le cœur de centaines de milliers d’Américaines. Lizzie étant la preuve que l’on peut ne pas rentrer dans du 36 et avoir le droit de se sentir belle quand même.
Aujourd’hui égérie de la marque italienne Marina Rinaldi, elle confirme avoir reçu sur Facebook des brassées de témoignages : « Une jeune femme m’a écrit que grâce à moi, elle avait aujourd’hui du plaisir à faire du shopping, qu’elle s’acceptait davantage. » Avant de citer cet homme qui l’a remerciée d’avoir libéré sa petite amie de son regard sans concession sur elle-même : « Il avait beau lui répéter qu’elle était jolie, elle ne le croyait pas. Jusqu’aux photos dans Glamour. »

Évidemment, la belle mesure plus de 1,80 m, affiche une blondeur naturelle entretenue sur les plages de la côte ouest et un sourire parfait. Ce qui aide. Mais ses formes et l’écho qu’elles ont eu dans la population féminine viennent rabattre le caquet de Kate Moss et ses phrases toutes faites (souvenez-vous : « Rien n’est meilleur que la maigreur »).
« À chacun son idée de la mode, mais si un créateur veut vendre des vêtements, il doit faire en sorte qu’ils aillent au plus grand nombre de femmes, non ? » estime Lizzie Miller. D’où peut-être ce virage progressif pris par certains, tel l’Anglais Mark Fast qui, en septembre dernier, faisait défiler côte à côte à Londres modèles skinny et filles généreuses, ou Jean Paul Gaultier, qui, déjà pour sa collection printemps-été 2006, avait engagé la plantureuse Crystal Renn.

« The Size Issue »

 

Au-delà du seul argument économique, il semble que les photographes eux-mêmes se lassent des corps trop secs et réclament de la matière. Ainsi, le très chic et éminemment prescripteur V Magazine sort aujourd’hui son « Size Issue ». Comprenez, les filles qui ont des pommettes et des fesses ont elles aussi leur place devant l’objectif. Pour la série « One Size Fits All », Terry Richardson a fait poser la fameuse Crystal Renn et un mannequin plus « classique », Jacquelyn Jablonski, côte à côte, dans les mêmes vêtements et avec les mêmes attitudes. Certes, les corps sont fermes, les cuisses brillent et les défauts ont sûrement été gommés informatiquement. Mais l’on se réjouit de voir que le vêtement sied tout autant à un modèle « hors canons ». Solve Sundsbo a sublimé des silhouettes charnues dans la série « Curves Ahead » et confie être « très heureux d’avoir eu l’opportunité de montrer que les femmes pouvaient être belles et sexy au-delà des interprétations étroites qui les définissent en temps normal ».

Mais l’événement de ce numéro est une série mode mettant en scène la plantureuse artiste burlesque Miss Dirty Martini, shootée par… Karl Lagerfeld Homme de toutes les contradictions, on se souvient qu’il avait pourtant asséné que « les femmes rondes n’ont rien à faire dans la mode », en octobre dernier. Et que quelques mois auparavant, il faisait défiler Tatjana Patitz, ex-top des années 90 reconvertie en muse botticellienne, elle aussi, pour Marina Rinaldi. « D’abord, Tatjana n’est pas grosse ! envoie le couturier. Et dans ce défilé, elle jouait un rôle… Quant à ce shooting pour V Magazine (sous-titré « Coco a Go-Go », NDLR), j’ai voulu montrer l’opposé de Chanel, prouver que Chanel va avec tout, même avec l’humour. En fait, c’est une version pop de Coco, contre l’embourgeoisement de l’image. Pendant la séance, tout le monde était sous le charme de cette fille, elle est extrêmement séduisante et drôle. Elle est ronde, l’assume, ne se laisse pas aller. Si toutes les rondes sont comme ça, alors oui, il en faut ! »

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Une loi sur les photos retouchées ?

Certes, mais alors, peut-elle s’habiller chez Chanel? « Elle peut toujours s’acheter un sac ! » rétorque le Kaiser de la mode que, décidément, l’on ne changera pas.
Il n’empêche, la plupart des clichés de ce « Size Issue » sont très réussis. Alors oui, derrière ces séances-là, il y aura toujours du travail et de la retouche. « Il serait bon que les lecteurs sachent que lorsqu’ils regardent une photo de mode, il y a quinze personnes qui sont intervenues dessus avant de parvenir à ce résultat parfait », rappelle d’ailleurs Lizzie Miller.
Alors qu’est toujours en suspens la proposition de loi de la députée Valérie Boyer, qui prévoit de mentionner dans la presse toute photo retouchée informatiquement, on se dit que le problème n’est peut-être pas là. Si les professionnels de la mode font plus régulièrement appel à des corps plus en phase avec la silhouette féminine moyenne – le magazine allemand Brigitte a d’ailleurs décidé de ne plus travailler qu’avec des filles aux mensurations aussi normées que normales –, les regards changeront forcément. Et ce, au-delà d’un petit coup de gomme pour faire disparaître la cellulite, qui, quoi que l’on en dise, ne fera jamais rêver une femme, même normalement constituée…

                                                                              Vive les "rondes"
                                                                                     Marigotine

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