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ctoutpourvous

L'Alzheimer de la cruauté...

1 Décembre 2009, 11:40am

Publié par marigotine FWI



         Depuis 65 ans, John Demjanjuk fuit  la mémoire de 29 587 juifs assassinés
              Depuis 65 ans, John Demjanjuk fuit <br/>la mémoire de 29 587 juifs assassinés<br/>

A 89 ans, John Demjanjuk est accusé d'avoir participé au meurtre de milliers de juifs, lors de la Seconde Guerre mondiale.


Les documents exhumés et compilés par Thomas Walther racontent une autre histoire. En 1941, lorsque la Wehrmacht envahit l'Union soviétique, Demjanjuk est enrôlé dans l'Armée rouge. Il est blessé au dos, soigné puis renvoyé sur le front, où il est capturé par les Allemands en mai 1942. Dans les camps de prisonniers, les Soviétiques sont décimés par la faim et le typhus. Les SS recrutent 4.000 à 5.000 «volontaires», pour un entraînement spécial dont ces derniers ne connaissent pas le but. Mais on leur offre une chance de survivre, des repas et un salaire. D'après le parquet de Munich, Demjanjuk serait l'un de ceux-là. Il est alors âgé de 22 ans. Il est envoyé à Trawniki, où il reçoit sa formation d'auxiliaire des SS. Les «trawniki» s'imposent rapidement comme une pièce indispensable de la machine d'extermination des Juifs. Les SS louent leur «brutalité inimaginable».
Le SS-Ausweis numéro 1393 établi au nom d'Iwan Demjanjuk. (AP)      Le SS-Ausweis numéro 1393 établi au nom d'Iwan Demjanjuk. 
               Travail de mémoire

 

À Sobibor, une centaine de gardes soviétiques «trawniki» épaulent les trente SS affectés au camp, pour exterminer 250.000 Juifs. Dès leur descente du train, les déportés sont triés, déshabillés et conduits dans les chambres à gaz sous prétexte de prendre une douche. Le nom de Demjanjuk apparaît à la trentième position sur une liste de «trawniki» transférés à Sobibor. À ses côtés, Ignat Danilchenko, condamné après la guerre à vingt-cinq ans de détention pour crimes nazis en URSS. Au cours de son procès, Danilchenko, décédé en 1985, dit avoir connu Demjanjuk «en mars 1943 dans le camp d'extermination de Sobibor, où il était garde SS». Selon Danilchenko, Demjanjuk, un garçon costaud et brutal, était armé d'un fusil et se chargeait de «pousser les récalcitrants dans les chambres à gaz».

Pour le parquet de Munich, il ne s'agit pas de démontrer que Demjanjuk a tué de ses propres mains. L'accusation veut tenter d'obtenir une reconnaissance de culpabilité par seule association : Demjanjuk a été garde à Sobibor de mars à septembre 1943, période pendant laquelle 29.587 Juifs ont été gazés, il a donc participé à cette extermination. Demjanjuk n'était plus une victime. Il avait le choix. Il aurait pu arracher son uniforme et s'enfuir. Il ne risquait que des coups de bâton.

Demjanjuk encourt la réclusion à perpétuité. «Depuis que nous considérons Aribert Heim et Aloïs Brunner comme morts, Demjanjuk est à la première place de notre liste des criminels nazis. Il mérite la perpétuité», dit le chasseur de nazis Ephraïm Zuroff.

Ses avocats affirment que le SS-Ausweis est un faux, fabriqué par les Soviétiques. La photographie a été recollée. Mais les experts américains, israéliens et allemands, l'ont authentifié. Si Demjanjuk tient jusqu'à la fin du procès et s'il est condamné, sa peine se réduira à la durée de son espérance de vie… quelques mois, quelques années au mieux. Pour Étienne François, professeur d'histoire à la Technische Universität de Berlin, l'essentiel n'est pas là. «Les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles en Allemagne, rappelle-t-il. Il s'agit de montrer que les responsables peuvent être poursuivis jusqu'à leur mort, qu'il existe des responsabilités individuelles et pas seulement une culpabilité collective. En Allemagne, chaque génération doit faire un travail de mémoire. Ces procès sont utiles pour permettre aux nouvelles générations de se positionner vis-à-vis des crimes nazis. Les témoignages des derniers survivants de la Shoah contribuent à faire la lumière sur cette horreur absolue, qui reste incompréhensible.»


                                                          Marigotine


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