Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ctoutpourvous

Jeunesse et dépendances...

22 Novembre 2009, 17:13pm

Publié par marigotine FWI



  
     


              

Alcool, téléphone portable, films X, cannabis, jeux vidéo… Les adolescents n’ont plus rien à envier aux adultes en matière d’addictions. Tour d’horizon de leurs dépendances préférées.


                                                  1-eyedea_l31_448960 

Romain, 17 ans, est accro aux films porno. Comme tous les jeunes de son âge, serait-on tenté de dire avec une pointe d’ironie… À la nuance près que chez Romain, l’addiction mérite d’être nommée en tant que telle. Traité depuis six mois dans le cadre d’une psychothérapie, il revient sur son entrée en cure :
« Je me suis dit qu’il y avait un problème le soir où j’ai réalisé que j’avais passé toute un après-midi et un début de soirée sur le Net, à rechercher des films X à stocker sur mon ordinateur. J’avais pourtant d’autres choses à faire, j’avais envie de les faire, mais je ne pouvais pas me détacher des images porno. »

L’asservissement à ses propres pulsions est la première définition d’une dépendance, mais comment expliquer que les ados y soient aussi soumis que les adultes ? Selon l’addictologue William Lowenstein, « les causes d’une addiction sont multifactorielles : génétiques, physiologiques, psychologiques, sociales, familiales, environnementales, etc. C’est la conjonction de ces nombreux facteurs qui, à une période donnée de notre évolution, nous rend plus fragiles et donc plus réceptifs à ce qui peut nous faire du bien ou moins de mal. » Bref, que l’on soit adolescent, adulte ou même senior, l’addiction peut survenir à tout âge.
 

                                                     2-eyedea_rh400119_086   " L’essentiel, c’est de nous évader"

Si l’adolescence peut conduire à l’addiction, c’est lorsqu’elle s’accompagne d’une expérimentation du danger. C’est le propre des ados : ils se font peur en jouant avec leurs limites. Au risque d’y prendre goût. « Avec mes copines, on s’offre parfois des récréations explosives le samedi soir, raconte Alice 16 ans. Alcool, joint, et quand on a un peu de budget, on se cotise pour partager un gramme de coke : l’essentiel pour nous, c’est de nous évader. »
Alice et ses amies sont-elles addicts ? Tant que leurs
« récréations » restent occasionnelles, non. Mais elles risqueraient de le devenir si leur consommation de substances variées s’inscrivait dans un rituel régulier. « Bien que le cannabis ne possède pas un grand potentiel de toxicité, ni même un potentiel addictogène très élevé, certains usagers font de cette drogue douce un usage dur, ce qui peut alors la transformer en drogue dure », explique William Lowenstein.

Le petit joint fumé en rentrant de l’école peut donc rapidement relever de la pratique addictive, au même titre qu’un « prémix » (alcool fort et soda prémélangés en canette, très populaire chez les jeunes) de whisky-Coca ou une ligne de cocaïne, dont le prix en constante baisse depuis dix ans l’a fait sortir des beaux quartiers pour la rendre accessible aux fêtes lycéennes. « Je suis consciente que la cocaïne est une drogue et le cannabis aussi, c’est pour ça que je fais attention et ne m’autorise que de petits dérapages festifs », conclut Alice. Mais tous les adolescents sont-ils aussi maîtres de leur consommation ?



                                             3-eyedea_rh2055953 Bien réelles, les substances virtuelles 

Restent les addictions virtuelles, particulièrement développées chez les jeunes. « À force de surfer en quête de nouveaux films, j’étais devenu autant accro au porno qu’au virtuel, poursuit Romain. Comme si ce que je vivais dans mes fantasmes avait fini par remplacer la réalité. » Mais cette menace du virtuel qui se substitue à la « vraie vie » des adolescents se cache surtout dans les jeux en ligne. La Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) révèle que 50 % des adeptes d’un jeu de rôle en ligne (World of Warcraft, Counter Strike…) se considèrent comme « dépendants ».
Une estimation corroborée par une enquête de l’université anglaise de Bolton, selon laquelle 40 % d’anciens joueurs estiment que le jeu en ligne a nui à leur vie sociale, et 50 % qu’il a diminué leur temps de sommeil. Même constat en Chine dans le centre de réhabilitation (musclée) du docteur Tao Ran, qui estime que 95 % des dépendances à Internet chez les jeunes sont liées aux jeux vidéo.
À Paris, l’hôpital Marmottan, spécialisé dans le soin et l’accompagnement des conduites addictives, prend aussi en charge des jeunes accros à leurs jeux.

Jeux en ligne, sites porno, réseaux sociaux… L’addiction globale à Internet commence à être reconnue en tant que telle. À Richmond, aux États-Unis, à quelques centaines de mètres du siège de Microsoft, un centre de désintoxication vient en effet d’ouvrir ses portes à tous les accros du Web qui vivent leur vie
« en ligne » plutôt que dans la réalité.

Films X, cannabis, jeux vidéo… Nos ados sont-ils tous accros ?
« Nous avons tous nos petits rituels quotidiens : le café du matin, la cigarette du midi… Tant qu’ils ne gouvernent pas notre vie et restent du domaine du plaisir choisi, nous ne sommes pas dépendants », rassure William Lowenstein. Formulé
différemment : ce n’est pas parce que votre ado passe du temps sur le Net ou boit un verre de temps en temps qu’il est forcément accro. L’addiction implique la récurrence et l’impossibilité de résister à la pulsion. De même, si vous le voyez (comme tous les jeunes de son âge) pianoter tous les jours sur son téléphone portable, n’en déduisez pas pour autant qu’il est addict.
En juin 2008, l’addiction au téléphone portable a conduit deux adolescents espagnols au centre de pédopsychiatrie de Lleida. Une affaire largement médiatisée, et pour cause : ils utilisaient leur téléphone entre six et huit heures par jour ! Dans un tel cas, une prise en charge s’impose effectivement, car l’addiction ne se guérit pas par des mesures disciplinaires. Mieux vaut leur préférer le dialogue, avant une éventuelle consultation.





              

Commenter cet article