À Moscou, l'école des cadettes numéro 9 forme à la dure les futures recrues du FSB (ex-KGB), les services secrets russes.
Les écoles militaires russes, issues du modèle prussien, apparurent en 1732, sous le règne de l'impératrice Anna, nièce de Pierre le Grand, puis disparurent avec l'avènement du communisme. Avec l'ère Poutine, le concept a été réhabilité. D'abord pour les garçons. Puis pour les filles, qui ont désormais leur école : 300 élèves, majoritairement issues de familles de militaires et recrutées d'après des tests d'aptitude, suivent en ce lieu six jours d'enseignement par semaine. Les téléphones portables sont interdits en dehors des quelques minutes de communication autorisées chaque jour pour contacter les familles. Dans les salles de classe, on évoque souvent la catastrophe de Beslan en 2004, lorsque des séparatistes tchétchènes prirent, dans une école, des centaines d'otages, dont de nombreux enfants et leurs mères - l'intervention des forces spéciales russes pour les libérer se solda, selon le bilan officiel, par la mort de 344 civils, dont 186 enfants. Il est expliqué aux jeunes filles que leur éducation les préservera du sort réservé aux enfants de Beslan.
Les cours débutent dès 7 heures du matin. Enseignement des langues étran-gères - à 16 ans, la plupart des cadettes parlent couramment cinq langues -, apprentissage du défilé au pas de l'oie, du secourisme, de l'autodéfense. Et des bonnes manières. Les uniformes sombres aux épaulettes rouges sont impeccables, repassés chaque soir. Ces filles doivent être des modèles, au menu desquelles on inclut chaque jour une dose de caviar, afin de développer leur force physique. L'exigence est totale. Totale aussi pour les professeurs de l'école, triés sur le volet, militaires de réserve, vétérans de l'occupation afghane par l'Armée rouge, souvent décorés de l'ordre du Courage. Ainsi, à chaque fin d'année scolaire sont-ils sommés d'organiser un «spectacle» destiné à mettre en valeur les connaissances acquises par les élèves durant leurs cours. Que le résultat ne soit pas optimal, et le professeur est remercié, tout comme les élèves dont le niveau ne serait pas jugé satisfaisant.
Cette année, des vétérans de la Seconde Guerre mondiale sont venus en visite à l'école. Descriptions effrayantes des combats contre les Allemands, de leur absence de pitié envers les populations civiles. Dans les rangs, les jeunes filles ont écouté, toutes gonflées de colère et de fierté. Se disant qu'elles pourraient, s'il le fallait, empêcher que cela se reproduise.
Tout simplement écoeurant...
Marigotine
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