Partager l'article ! Ces Dames n'ont pas leurs "planches" dans leurs poches... (partie 1):   ...

D’abord, on ne dit plus « B. D. », mais « roman graphique », une coquetterie de langage que d’aucuns taxent de pur snobisme, mais nous voilà à la page. Ensuite, il n’est plus vrai que la bande
dessinée est un monde d’hommes. Des filles, il y en a, et des filles à succès aussi.
Pénélope Bagieu s’est fait connaître avec son blog Ma vie est tout à fait fascinantes, avant de publier sur papier les histoires de son double virtuel, Pénélope Jolicœur, et de devenir directrice
de collection chez Jean Claude Gawsewitch. Une maison d’édition chez qui l’on remarque d’autres jeunes auteures telles Leslie Plée (Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses_) ou
Juliette Baily (_En avant toute!), deux récits sur l’entrée dans la vie active. Au Québec, Eva Rollin fait un tabac avec sa Mademoiselle – encline aux excès de toutes sortes – et en
Norvège, c’est Lise Myhre avec sa gothico-punkette, Nemi. Mais l’on peut reprocher à ces ouvrages de se contenter d’appliquer à la bande dessinée les recettes de la chick lit ou de
certaines séries TV girly.
D’où une inévitable stigmatisation. « J’espère quand même qu’on ne me lit pas parce que je suis une fille ! » s’exclame Laureline Mattiussi, lauréate, avec L’Île au poulailler, du dernier prix Artémisia. Ce prix féminin a été créé en 2007 à l’initiative de Chantal Montellier, l’une des rares bédéistes femmes des années 80-90, toujours très active aujourd’hui. « Ce qui m’a séduite dans le livre de Laureline, souligne-t-elle, c’est le côté flibustier, chef de meute, libre – sexuellement parlant –, de sa “piratesse”. »
(1) Sortie le 4 février de l’ouvrage collectif Un peu plus de légèreté dans un monde de filles (de nombreuses auteures de B. D. et blogueuses ont
participé), vendu au profit de l’association Toute à l'école.
Aventurières et « piratesse.

L’Île au poulailler est un récit d’aventures où le cliché du voyou qui pille et viole se trouve subtilement détourné puisque c’est une femme, une « piratesse fessue et tapageuse », comme
la décrit l’auteure, qui tire de sa passivité un capitaine de navire quelque peu désabusé par la vie. Un clin d’œil libérateur à une envie que beaucoup de filles tout ce qu’il y a de plus
éduquées ont pu ressentir sur la terre ferme…
À première vue, ce personnage mal dégrossi n’a rien de glamour, mais au fil des pages, Laureline Mattiussi lui confère une vraie sensualité : « J’ai travaillé sur le rapport au corps et, avec la
coloriste Isabelle Merlet, élaboré un style de dessins proche des estampes japonaises. » L’humour et la crudité des propos, mais aussi l’intrigue en elle-même (dont le tome 2, à paraître en mars,
dévoilera l’issue) ont emballé le Festival d'Angoulême, où l’Île au poulailler est en course pour le prix Révélation. Mais Laureline planche déjà, avec le scénariste Sol Hess, sur un nouveau
récit sis dans les bas-fonds de la Rome antique…
Puisant également dans l’Histoire, celle, coloniale, du XIXe siècle au Sé négal, Chloé Cruchaudet nous régale dans Ida du voyage corseté de deux exploratrices que tout oppose :
Ida donc, une vieille fille hypocondriaque et droite comme un I, et Fortunée, une bourgeoise délurée.
Ce thème de l’expédition est également au cœur de Transat, mais là, il s’agit d’une histoire vraie puisque l’auteure, Aude Picault, a réellement traversé l’Atlantique. Et dans
Vacance, de Cati Baur, l’exploration côtoie avec honnêteté et délicatesse le thème tabou de l’abandon de famille par une femme.
A demain pour la fin ....
Marigotine
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