Les oiseaux savent lire les panneaux de limitation de vitesse sur les routes, ou du moins les connaissent. C'est la conclusion à laquelle sont parvenus deux chercheurs à l'issue d'une étude où ils ont observé la façon dont les oiseaux s'envolaient des routes à l'approche des voitures. Surprise : les bestioles décollent en fonction de la vitesse maximum du tronçon routier, plutôt que selon la vitesse réelle du véhicule. Que le chauffeur déboule à 80 kilomètres heure sur une voie limitée à 50 et paf le piaf, victime d'un dégagement trop tardif.

L'étude des chercheurs Pierre Legagneux et Simon Ducatez a été publiée jeudi dans lesBiology Letters de la Royal Society, où ils décrivent en détail leur méthodologie. En gros : une Peugeot 205 blanche, une carte de France et en route pour 134 tests dans l'ouest de la France sur des voies limitées à 20, 50, 90 et 110 km/h, avec 21 espèces différentes d'oiseaux.

Une Peugeot 205 pour tester les hypothèses

A chaque fois, les chercheurs ont mesuré la distance à laquelle les volatiles décidaient de décoller lorsqu'un véhicule approchait, une distance baptisée Flight Initiation Distance (FID) et utilisée classiquement pour mesurer la réaction des oiseaux face aux prédateurs. Les résultats sont sans ambiguïté : la FID augmente avec la vitesse maximum du tronçon, peu importe la vitesse réelle de la voiture. Les oiseaux décollent bien plus tôt sur une route limitée à 110 km/h que dans un village limité à 50, même si la Peugeot 205 de test roule à 30. «Cela suggère fortement que les oiseaux sont capables d'évaluer le risque de collision en l'associant aux limitations de vitesse des sections routières», écrivent les chercheurs, qui estiment que «la limitation de vitesse devient une caractéristique de l'habitat». Ils en profitent aussi pour expliquer que cela fait une raison de plus de respecter les limitations de vitesse, si l'on tient à éviter de se manger les volatiles sur le pare-brise.

Cette capacité des oiseaux à s'adapter à leur environnement et la façon dont l'homme a dessiné le paysage est un classique. Les chercheurs rappellent ainsi que nombre d'oiseaux des villes ont modifié les horaires ou l'intensité de leurs trilles en fonction de l'activité urbaine, évitant par exemple de chanter lors des pics de pollution sonore.